Cape

DE LA CAPE AU CHAPEAU … CAPE AU VENT !

By Laurence Daigneault-Desrosiers

La cape, sous ses diverses formes, est un des vêtements les plus communs de l’histoire et c’est un morceau incontournable du costume médiéval.
Qu’elle se nomme mante, chasuble, pluviale ou même planète, la cape est un vêtement ample sans manches, de longueur variable, D’abord simple protection contre le froid et les intempéries, la cape passa d’une coupe très simple à un morceau complexe lorsqu’elle devint costume d’apparat ou uniforme clérical.

À cause de sa forme simple et de sa très grande utilité, la cape était déjà portée par les Grecs et les Romains, mais son origine est encore plus lointaine, Au Moyen Âge, elle était très courante, mais ne constituait pas le seul moyen de se protéger du froid. On superposait volontiers les robes ou tuniques les unes par dessus les autres. Pour voyager, par contre, l’utilisation de la cape était de mise.

La cape n’était pas le vêtement d’une seule classe sociale. Certains modèles de capes, ou certaines façons de la draper, ont pu être liés à des rangs sociaux, mais entre l’Antiquité et la fin du Moyen Âge, les diverses capes, longues ou courtes, faisaient vraiment partie du costume populaire des deux sexes.

Les formes de cape

En plus de varier en longueur des chevilles aux épaules, les capes existaient sous diverses formes. Le pallium, cape héritée des Romains, était de forme rectangulaire alors que d’autres étaient conçues à partir d’un cercle, de la cape ronde à la cape semi-circulaire, telles la chasuble et la chape. À ces capes d’abord de forme très simple et souvent sans coutures, s’ajoutèrent divers éléments comme le plissage au col pour donner plus d’ampleur au niveau des épaules, ou encore les ouvertures verticales pour passer les mains hors de la cape.

La cape devint plus tard ovale, de façon à minimiser le nombre de plis que les bras avaient à supporter. Le devant aussi pouvait être plus court afin d’être moins encombrant. Ce manteau d’étoffe, qui tombait jusqu’aux pieds, était avant tout un vêtement de voyage. C’est au VIe siècle qu’elle fut adoptée comme vêtement liturgique et changea de forme jusqu’au XVIIIe siècle ou elle en arriva à sa forme définitive, trapézoïdale et garnie de galons en plusieurs endroits et devint un costume exclusivement clérical.

La cape semi-circulaire apparut à l’époque gothique et devint essentielle au costume masculin. Elle était généralement doublée d’une couleur contrastante ou de fourrure. Les capes des femmes, presque identiques à celles des hommes, étaient parfois plus longues à l’arrière afin de former une traîne.

Ce qui faisait de la cape un vêtement élégant était moins la forme du vêtement que la façon de le porter.

Cape2 Cape3 Cape-et-chapeau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le capuchon

Au début, plusieurs capes ne comportaient pas de capuchon en tant que tel, mais pouvaient être portées par dessus la tête sans couture ni découpage particuliers, car elles ne comportaient pas d’échancrure pour le col. Cela créait divers plis et donnait l’équivalent d’un capuchon. Les capuchons prirent ensuite toutes sortes de formes, certains étant même carrés.

La chasuble

La chasuble, héritée de l’Antiquité, était à l’origine un vêtement civil. Elle était de forme parfaitement ronde avec un trou au centre pour y passer la tête. Elle comportait, à l’occasion, un capuchon, souvent long et pointu. Comme elle n’était pas trouée pour y passer les bras, les côtés du cercle étaient remontés sur les bras en de multiples plis latéraux. Pour des raisons pratiques, la forme en fut alors peu à peu modifiée en raccourcissant, par exemple, les côtés du cercle.

Fait intéressant, le terme chasuble vient du latin populaire «casabula», dérivé de «casula» qui signifie «maisonnette». La traduction anglaise de cape, «cloak», provient quand à elle d’une variation en langage populaire du mot français cloche, «cloke», faisant allusion à la forme du vêtement lorsqu’il est porté.

La chape

La chape était très semblable à la chasuble par sa coupe : c’était une cape de forme ronde à la différence qu’elle était fendue à l’avant ou sur le côté droit afin de permettre plus de mouvements aux bras. Cette variante de la cape, surtout celle fendue sur le côté, était, en théorie, réservée à la haute bourgeoisie. Elle comportait toujours un capuchon et on l’appelait pluviale, puisqu’elle protégeait… de la pluie. C’était également un vêtement utilisé depuis l’Antiquité. Tout comme la chasuble, elle devint une partie du costume clérical après l’époque romane. Elle resta en usage comme manteau civil et, avec quelques modifications, persista même dans les siècles suivants le Moyen Âge.

Matériaux et décorations

La cape pouvait être faite d’étoffe, de laine tissée, de peaux de bêtes (cuir souple ou fourrure) et même de velours et de soie fine importée d’Orient, vers la fin du Moyen Âge. Les couleurs les plus courantes des capes étaient le rouge, le bleu et le vert, sauf pour les costumes cléricaux, où la cape devint surtout pourpre ou noire.

On brodait rarement les capes à cause de leur ampleur, mais elles étaient à l’occasion décorées de passementerie sur les rebords. Seuls quelques gens très fortunés, à l’époque gothique, décoraient la moitié avant de leur cape semi-circulaire (l’ouverture se trouvant sur le côté) d’un immense ouvrage de broderie.

Pour attacher la cape

Il existait diverses façons d’attacher les capes. La façon la moins complexe était de nouer tout simplement les deux côtés de la cape l’un à l’autre. C’était toutefois difficile avec des étoffes plus épaisses, et quelques modèles de cape s’y prêtaient mal. Certaines capes n’étaient alors retenues que par une cordelière ou par une bande d’étoffe passant par un anneau métallique ou une ganse. Il fallait la retenir de la main à cause du poids de la cape qui l’entraînait trop vers l’arrière. D’autres, plus riches, étaient maintenues par des agrafes ou encore par une fibule, ancêtre du bouton, qui servait à maintenir les divers vêtements drapés depuis l’Antiquité. Vers la toute fin du Moyen Âge, on commença à poser une série de boutons pour fermer la cape.

Comment la cape devint chapeau

Cape-et-chapeau2 Cape-et-chapeau4Cape-et-chapeau3
Cape-et-chapeau5

Plusieurs modèles de capes courtes étaient autant portés par les hommes que par les femmes au Moyen Âge. Ces capes de formes très variables, mais presque toujours munies d’un capuchon, devinrent, vers la fin du Moyen Âge, un article de mode et furent alors sujettes à toutes sortes de modifications d’ordre purement esthétique. Aux environs du XIIe siècle, l’aumusse, une cape courte à long capuchon très ajustée au cou et à la tête, était très populaire. Elle protégeait de la pluie et du froid, mais devenait encombrante par temps plus clément. Alors, plutôt que de la retirer, certains ont eu l’idée de la relever et de se servir du corps de la cape pour la nouer autour de la tête en un étrange couvre-chef. La mode du chapeau-cape était née!

Cet article a été publié initialement dans le magazine Oriflamme Volume 2 en octobre 2000.

Tous droits réservés ©

Cape4

Bibliographie

Mille ans de costumes français 950-1950, Berlange, Gérard Klopp Editeur, 1991, 245 p.

Dictionnairique et lexicographie – autour d’un dictionnaire : le trésor de la langue française, tome V, Paris, Didier Érudition, 1990, p.135.

BOUCHER, François, Histoire du costume en Occident de l’Antiquité à nos jours, Paris, Flammarion, 1965, 464 p.

CONTINI, Mila, 5000 ans d’élégance de l’Antiquité égyptienne à nos jours, Paris, Hachette, 1965,  320 p.

GUILLEMARD, Colette, Les Mots du costume, Paris, Belin, 1991, 349 p.

KGHLER, Carl, A History of Costume, New York, Dover Publications, 1963, 464 p.

KYBALOVÀ, L., HERBENOVÀ, O., LAMAROVÀ, M., Encyclopédie illustrée du costume et de la mode, Paris, Grund, 1980, 600 p.

MARIE, D., Histoire du costume, Lausane, Edita, 1996, 336 p.

SAMAT, Maguelonne Toussaint, Histoire technique & morale du vêtement, Paris, Bordas, 1990,470 p.

0 205