LA MUSIQUE AU MOYEN ÂGE
La révolution médiévale

Par Mélanie Bergeron

Le Chant Grégorien (nommé ainsi en l’honneur de son réformateur le pape Grégoire) fut, au Moyen Âge, le style de composition le plus utilisé. Généralement, il consistait en une ligne mélodique simple qui était chantée par une ou plusieurs voix. Il fut tellement populaire de composer ces chants, qu’il devint vite impossible de tous les retenir. Aussi, fallait-il trouver une façon de les noter. La première tentative de notation musicale consistait à tracer de petites courbes qui montaient ou descendaient suivant les inclinaisons de la voix; elles furent appelées neumes, du grec signifiant signes. Après le Xe siècle, une ligne horizontale fut tracée.

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Cette ligne fut désignée sous le nom de clé, puisque c’était la clé d’interprétation des demi-tons. Quatre lignes formèrent une portée plus complète entre le XIe et XIIe siècle. Aujourd’hui, elle comporte cinq lignes et nos notes ont une forme ovale au lieu d’être carrée. Le nom donné aux notes suivit deux principes: d’abord les Grecs définirent un système de notation pour leurs chants où chaque note fut affublée des premières lettres de l’alphabet. Ainsi, la note LA correspond à A , le SI à B, le DO ou UT à C, le RÉ à D, le MI à E, le FA à F et le SOL à G. Les Anglais et les Allemands ont conservé cette notation. Les moines qui devaient aller dans les autres monastères afin de mettre par écrit les pièces musicales, devaient adopter un système de notation qui allait être uniforme. C’est le savant Guido d’Arezzo qui inventa les notes que nous connaissons aujourd’hui. Il reprit un vers d’un hymne à Saint-Jean bien connu, écrit en latin, dont chaque mot chanté montait d’une note à partir de Ut et c’est sur ce modèle que notre solfège moderne fut adapté :

En Latin : « Ut quean laxis, resonare fibris, mira gestorum, famuli tuorum, solve polluti, labii reatum. »

Traduction : « Afin que, d’une voix facile, Tes serviteurs puissent chanter les merveilles de Tes actes, lave de tout péché leurs lèvres impures ».

Ce système permit de même de décoder les chants et des consonances étrangères. Ce fut un grand progrès au Moyen Âge. Le plainchant était jusqu’alors la forme de chant la plus utilisée. Il consiste en une ligne mélodique seule que peuvent chanter une ou plusieurs personnes. Sera alors expérimenté un chant à mouvements contraires. C’est-à-dire une voix ascendante combinée dans un même chant à une voix descendante. Aussi le contrepoint fut développé en apposant une note contre une autre. Cette nouveauté inspira plusieurs autres effets, en apposant trois ou même quatre voix ensemble qui s’imitaient ou alors complexifiaient le chant et l’enjolivait. La polyphonie, qui se défini comme la juxtaposition de plusieurs lignes mélodiques distinctes, devint plus qu’une préoccupation religieuse mais l’affaire de toute une société. Ne pas savoir danser ou chanter était une disgrâce sociale.

La musique profane est souvent difficile à retracer puisqu’elle était rarement notée. Les jongleurs en étaient les gardiens. Ils étaient des musiciens ambulants qui défilaient dans les rues et chantaient pour divertir les gens dans les foires. Ils réussissaient à gagner leur maigre pitance grâce à l’originalité de leu répertoire.

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TROIS INSTRUMENTS TRÈS POPULAIRES AU MOYEN ÂGE

LA HARPE

La harpe jouissait d’une notoriété royale. D’abord, la grâce et la finesse qu’elle inspirait donnait envie d’entendre le son coulant des cordes légèrement pincées. En fait, il est rarement un poème, un récit ou une aventure où la harpe n’ait été mentionnée. Instrument par excellence pour les contes, on lui accordait maints pouvoirs enchanteurs. Elle était petite et se transportait bien sur le dos, les Minnesingers et jongleurs s’en servant continuellement. Bien que plus petite, elle ressemblait énormément à la harpe que nous utilisons aujourd’hui. Généralement, elle avait la taille du torse d’un musicien. Il yen avait même de plus petites, qui se portaient accrochées au cou par un cordon, ce qui permettait d’en jouer facilement en la coinçant contre l’épaule. On retrouvait beaucoup la harpe-psaltérion qui possédait deux caisses de résonance et demeurait également facile à porter.

LA VIÈLE

Il est facile de remarquer que la vièle est un des plus importants instruments au Moyen Âge, si on en juge par le nombre impressionnant de représentations qu’on en a fait. Elle est probablement originaire du centre-asiatique comme le suggère une peinture du
VIII siècle. La vièle ressemblait au violon bien que sa caisse de résonance fut de forme ovale et étroite. On se servait d’un archet pour en jouer.

LE PSALTÉRION

Nous devons au psaltérion la plupart des instruments à cordes que nous connaissons aujourd’hui. Dans presque toutes les représentations du roi David, il est possible d’apercevoir un instrument à cordes pincées du nom de nabulum ou decacordium que les gens du Moyen Âge connaissent sous le nom de psaltérion-psalterium. Majoritairement utilisé dans la musique populaire, ils en jouaient en déposant sur les genoux sa boîte de résonance plate (de forma triangulaire ou trapézoïdale) et en pinçant les cordes.

Saviez-vous que …

Troubadours, trouvères, Minnesingers, ménestrels, quelle était la différence ? Le ménestrel était un jongleur, soit un exécutant et non un compositeur. Il apprenait des mélodies qu’il chantait ensuite dans plusieurs villages, seul ou avec une troupe ambulante. En ce qui concerne les autres, ils chantaient l’amour, un amour impossible, souvent distant et chaste, pour une femme parfois élevée au rang de la Vierge. C’est ce que l’on nomma l’amour courtois. Le Minnesinger, dont Minne signifiait amour courtois, était d’origine allemande. Quant au trouvère, il chantait dans la région du nord de la France, donc en langue d’oil (oil signifiait oui) où il popularisa la chanson de geste, les poèmes épiques relatant les exploits militaires et les événements historiques. Le troubadour qui lui chantait en langue d’oc (oc signifiait oui) dans le sud de la France, célébrait l’amour qui siégeait au sein de toute son œuvre ; on appelle cette musique profane puisqu’elle était chantée en langue vernaculaire, c’est à dire la langue du pays et que le propos n’était pas d’ordre religieux.

Cet article a été publié initialement dans le magazine Oriflamme Volume 1 en juin 2000.
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