L’ART D’ESCRÉMIR

Par Frank Cinato et Christian Perreault

L’Escrémir est le mot qu’utilisaient les médiévaux pour qualifier tout type de combat, que ce soit à la lance ou à l’épée. Depuis plus de vingt ans, des gens passionnés tentent de retrouver les bases d’un art martial occidental.

Nous définirons l’escrémir comme l’art de se défendre. Cela requiert généralement deux armes: l’une offensante et l’autre servant à la défense. Aussi, seront souvent utilisés la lance et le bouclier. On pourrait aussi se servir des armes de corps à corps comme c’est le cas de l’épée, du sax, de la hache, etc. mais toujours couplé au bouclier.

L’adversaire ne devrait pas être perçu comme ennemi mais beaucoup plus comme un miroir qui guide le mouvement. Cette philosophie soutient une pratique dans un contexte de combat courtois ou de chorégraphie (cinéma, théâtre), sans recherche de performance directe comme c’est le cas pour une compétition. Il s’agit ici d’une maîtrise de l’esprit pour atteindre une perfection du mouvement, une habileté et appliquer une technique rigoureuse dans le but de rendre réaliste le combat. Plusieurs sources nous permettent de retracer avec beaucoup de précision le combat tel qu’il se déroulait à l’époque (voir encadré). En guise d’introduction à l’art d’escrémir, il est essentiel de connaître quelques armes de bases et leurs utilisations.

De la faux à l’épée …

Bien des textes ont été écrits afin de classer et décrire l’armement du guerrier médiéval. Trop souvent, les auteurs de ces typologies ne sont qu’avides de termes techniques et, par conséquent, ne font que mêler le public et même les médiévistes les plus aguerris. Prenons, par exemple, la célèbre claymore écossaise popularisée par des films tels que Highlander. Il faut savoir que le mot claymore provient du gaélique claidheamh mr (prononcez: cliv mor ) qui signifie « grande épée ». Pour les Écossais d’autrefois, cette arme n’avait pas de format bien arrêté et son nom ne faisait que désigner une épée plus grande que les autres, sans longueur précise, sans garde particulière. En fait, tous les peuples ont adopté des armes généralement similaires et chacun les a décrites dans sa langue, à sa façon. Dans cet article, nous vous proposons une manière plus générale de percevoir les armes médiévales.

Comment les combattants se procuraient-ils leurs armes ?

A l’époque romaine, l’armement des combattants était fourni par l’État qui avait (particularité) une armée permanente constituée de soldats (combattants qui devaient un service militaire tout en étant payé d’une solde). Lorsque cette notion d’État est peu à peu tombée au début du Moyen Âge, les armées permanentes ont disparu avec elle, du moins dans la forme et avec l’ampleur que les romains leur avaient donnée. Sous les Mérovingiens et les Carolingiens, chacun devait se procurer ses armes et, s’ils n’en avaient pas les moyens, des pairs de même condition devaient payer pour l’équiper. L’historien Philippe Contamine appelle ce système les aidants et les partants.

Lorsque la féodalité est apparue, les seigneurs et les ordres ont commencé à donner des terres et à armer des combattants en échange de services de guerre. Cette manière de faire peut être considérée comme une forme d’armée permanente; une bonne partie de leurs vassaux entretenant eux aussi des combattants, les seigneurs pouvaient mobiliser une armée assez rapidement, sans s’obliger à une conscription. En effet, cette dernière est difficile à faire respecter sous des structures politiques affaiblies par des changements perpétuels. On peut donc considérer que le système féodal en était un bon dans les circonstances. En fait, plus la société se structure au cours du Moyen Âge, plus il devient facile d’organiser les armes. Ce phénomène est si évident qu’au début de la renaissance, on voit réapparaître des armées véritablement composées de soldats.

Quelles étaient les armes courantes du Moyen Âge ?

Le bouclier

Pendant toute la période médiévale, des tendances ont été observées au niveau du choix des armes : tantôt on préférait la lance, tantôt la hache ou l’épée, mais il y en a une qui ne s’est jamais démodée: le bouclier. Tout au long du Moyen Âge, il a toujours fait partie intégrante de l’armement des combattants. Ce qui vient donc contredire ce que bien des gens pensent. En effet, l’arme principale du Moyen Âge n’est pas l’épée mais plutôt le bouclier. Par contre s’il n’a jamais disparu du champ de bataille au cours du Moyen Âge, sa forme, elle, a varié : ovale, rond, en amande, en cœur, en écu.

Pourquoi cette constance dans le choix de cette arme?

Tout d’abord à cause de son faible coût, mais plus particulièrement à cause de son efficacité. Cette efficacité provient de sa mobilité, ce qui le distingue d’une bête pièce d’armure ne pouvant s’adapter à différentes situations. On serait donc tenté de le considérer comme l’arme défensive par excellence et ce serait vrai. Par contre ce qu’il faut éviter, c’est de penser qu’il est uniquement une arme défensive. Si sa mobilité fait de lui une bonne pièce contre les attaques de toutes sortes, elle lui donne aussi de hautes qualités offensives. Trop souvent, on oublie que les boucliers peu- vent servir à frapper aussi. La preuve de l’existence des coups de boucliers peut être vue, par exemple, dans le manuscrit allemand appelé I.33 . En effet on peut y lire le mot Scbiltslacb (qui signifie coup de bouclier) et y voir la représentation de l’action.

L’épée

Avec l’avènement des poèmes épiques et des romans de chevalerie, l’épée est devenue le symbole même du chevalier. Tout au cours du Moyen Âge, sa forme a changé, s’adaptant toujours aux innovations défensives et aux nouveautés de l’art de la guerre. Contrairement à ce que la majorité des films hollywoodiens nous montrent, le format le plus utilisé fut celui de l’épée à une main. Cela s’explique par l’importance de combattre avec le bouclier; puisque celui-ci occupait une des deux mains, une arme assez légère devait pouvoir être tenue de l’autre.

Par contre, d’autres formes d’épées ont été utilisées, selon les exigences et le rôle que les combattants tenaient dans l’ost (chevalier, fantassin, archer, etc.). En voici quelques unes: l’épée bâtarde, qu’on pouvait tenir à une ou deux mains, l’espadon, qui servait à faucher les pattes des chevaux ou encore l’épée de cavalier qui avait la particularité d’être plus longue pour améliorer la portée.

Les armes d’hast

Le mot hast provient du latin hasta qui désigne la lance. A l’époque médiévale, il désigne toutes les armes ayant un manche en bois relativement long, muni de pièces de métal. La plus utilisée est la lance. Mais si elle a toujours existé tout au long du Moyen Âge, elle a connu son époque de gloire jusqu’à ce que l’épée vienne la supplanter. La majorité des armes d’hast ont dérivé d’outils de paysan, tels la faux, le couteau ou la hache. Les principales sont: la pertuisane, le vouge, le fauchard, la hallebarde, la guisarme et la pique.

Loin d’être exhaustif, ce survol est une introduction permettant de situer l’arme et son combattant dans un contexte plus réaliste que celui qui nous est fréquemment présenté. Il pourra s’avérer utile lors de votre prochaine évaluation d’une image médiévale. Mais surtout, il vous permettra de bien apprécier cette chronique, et de mieux saisir les techniques de l’art d’escrémir qui y seront exposés.

De multiples sources :

Voici quelques précieux documents qui nous sont parvenus du Moyen Âge et qui permettent de mieux comprendre les techniques d’escrime médiévales.

La tapisserie de Bayeux (XI-XIIe) est une source iconographique inestimable, bien qu’elle ne représente pas de façon détaillée les techniques de combats. La multitude des représentations de guerriers nous renseigne toutefois sur certains aspects, comme le maniement de la lance.

Il y a aussi le manuscrit anonyme de Franconie, dit Tower of London Fecbuch I.33, rédigé en latin et allemand. Ce texte est la référence principale pour connaître l’art d’escrime à l’époque médiévale.

Le manuscrit Flos duelatorum ou Fiore de Liberi (la fleur des duels) est rédigé en italien et est richement illustré. Il aborde principalement le combat à mains nues et à l’épée à deux mains.

Le manuscrit appelé Talboffer date du XVe et est rédigé en allemand. Il décrit le maniement d’un bon nombre d’armes, notamment l’épée à deux mains.

Cet article a été publié initialement dans le magazine Oriflamme Volume 1 en juin 2000.
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