PERSONNAGES DU TEMPS DES FÊTES

Par Stéphane Matte et Nathalie Martineau

Des quatre coins du globe, de toutes les époques, l’imagerie de Noël.

Le gros bonhomme rouge, le préféré de tous les enfants :

Le Père est devant nous. Pantalon rouge, bottes noires, chemise blanche aux manches roulées, ne portant pas son grand manteau parce qu’il fait trop chaud. Son sourire est magnifique, son regard enjoué. Il boit à petites gorgées un chocolat chaud. Nous ne lui posons qu’une seule question : « Qui êtes-vous? ». Et le voilà parti dans ses explications et dans ses rêveries.

-Qui suis-je ? (Nous regarde l’air nostalgique, réfléchissant). Il y a si longtemps… en 1821, si ma mémoire est bonne… Ouais, c’est ça, 1821. Monsieur Clément Clarke Moore, un pasteur Américain, avait décidé d’écrire un conte de Noël pour ses enfants. Son histoire parlait d’un personnage gentil, très sympathique; son apparence était celle d’un lutin ! Un être si généreux que la nuit de Noël il descendait dans les cheminées apportant de jolis cadeaux aux enfants sages. Ce lutin voyageait dans un bien curieux carrosse tiré dans la nuit étoilée par huit magnifiques rennes. Ce drôle de petit lutin était décrit comme étant (il se regarde avec sourire) dodu, jovial et toujours souriant. Mes chers amis, le Père Noël était né. J’étais né. (Il boit une autre gorgée puis sourit). La réaction fut telle que, presque immédiatement, je remplaçai mon ancêtre Saint Nicolas.

Il me fallut attendre 42 ans, c’est-à-dire…euh… en 1863, pour voir mon apparence, qui pourtant me plaisait bien, se transformer. Un journal New-Yorkais, dont le nom m’échappe, prit la décision de retoucher mon costume. Je fus alors vêtu d’un long manteau garni de fourrure blanche et d’un large ceinturon de cuir noir. J’étais par chance toujours le même bonhomme souriant, mais cette fois, je portais une grosse barbe blanche. Celle-ci me donnait l’allure d’un grand-père accueillant ses petits-enfants. (Il se perd dans ses pensées continuant de boire son breuvage chaud). En 1885, un illustrateur de ce même journal décida que ma résidence devait se trouver au Pôle Nord ! Oui ! Le Pôle Nord : un endroit glacial et pas très fréquenté, on comprend pourquoi … Dorénavant, la nuit de Noël j’allais faire le voyage du Pôle Nord vers les États-Unis. N’allez pas croire que le reste de la planète ne m’intéressait pas, mais personne n’y avait encore pensé. L’homme que j’étais ne grondait plus les enfants. Je devins alors un des personnages des plus connus, mais surtout des plus aimés. (Il éclate de rire). Devais-je m’en plaindre?!

Un an plus tard, l’écrivain George P. Webster a confirmé que ma demeure était voilée sous les glaces du Pôle Nord et qu’en plus, des centaines de lutins m’aidaient à fabriquer de jolis jouets dans une manufacture; elle aussi secrètement cachée dans les neiges éternelles de cet endroit. Le temps passait et je m’amusais comme un petit fou. Quand soudain, si je me souviens bien…Vous savez la mémoire… En 1931 la Compagnie Coca-Cola, grâce au talent artistique de Haddon Sundblom, changea à jamais mon allure. De petit lutin joufflu je devins un homme, un être humain. Terminé les longues oreilles. Pour les besoins d’une publicité, je pris les traits d’un bonhomme aux joues bien rouges, à la belle barbe blanche et à la longue chevelure bouclée.

Certains diront que, depuis ce temps, cette compagnie a fait de moi un personnage commercial. D’autres refuseront, devenus adultes, de croire en moi. Qui a raison et qui a tort ? Une chose est sûre, la nuit de Noël est magique en tout point, peu importe votre croyance. À minuit, dans la nuit de Noël, lorsqu’il fait trop chaud dans la maisonnée où tous s’amusent, sortez prendre l’air et écoutez bien, peut-être entendrez-vous le bruit des grelots de mes rennes. Soyez sage, j’arrive!

Le penchant « noir » du Père-Noël :

Un homme se présente devant nous. S’il s’agit bien d’un être humain, mais il est si laid… Sale. Malicieux. Son regard est mauvais, son visage cruel. Son rire semble macabre. À lui aussi, une seule question est posée : « Qui êtes-vous? »

-Je m’appelle Fouettard. Père Fouettard. On me nomme également en Autriche et en Bavière Krampus ce qui signifie crochet ! (Il éclate de rire un rire qui fait froid dans le dos) En Allemagne, on me surnomme Ruprecht ou Knechtruprecht. Plusieurs noms, mais toujours la même fonction : CORRIGER LES ENFANTS QUI NE SONT PAS SAGES! Appelez-moi comme vous voulez, je m’en fous! Mais… (il parle fort d’une voix caverneuse) prononcez le bien! Je déteste les paresseux qui vont le dire de mauvaise façon. (Il ricane sournoisement). De noir vêtu, je me balade avec un petit fouet ou un petit bâton pour la fessée! Mon visage est couleur charbon et j’en suis fier! Je sème la terreur chez les enfants qui n’écoutent pas ce que disent leurs parents. Mes longues bottes de cuir raisonnent sur le sol ! On doit m’entendre venir. Me craindre sans me voir.

Sous mon capuchon défraîchi et crasseux se cache deux magnifiques cornes. Suis-je le diable ? Non ! Mais gare à ceux qui n’écoutent pas, je suis là, tapi dans l’ombre, à vous surveiller. À mon gré, je change d’apparence. Selon le pays où je vais ou selon les croyances qu’ils ont de moi, je me transforme en animal, en bouc très souvent… pour faire plus peur! Corriger les enfants n’est pas une tâche facile ! Oh que non. Trop ! Il y en a trop ! Je suis donc la plupart de temps accompagné de Pierre le Noir. Petit lutin, ramoneur de cheminées, mesquin et bavard, chargé d’attraper pour moi les enfants méchants et de les jeter dans la Mer Noire !

J’ai pris vie au XVIe siècle à Metz, en cette bonne vieille année 1552, lors du siège de la ville par l’armé du roi Charles Quint. Les habitants, très en colère, firent une grande procession où ils couraient dans les rues avec un grand mannequin tenant à la main un fouet, voulant attraper les jouvencelles et damoiseaux. La promenade terminée, ils l’ont brûlé sur la place publique. Je vis alors mon règne commencé. Saint Nicolas, qui trouvait indigne que je sois un meurtrier sans pitié, me condamna à le suivre dans sa ronde de bienfaisance. À partir de ce moment, je n’eus plus le droit de tuer, seulement de punir au fouet ou au bâton, les enfants qui refusaient d’être gentils.

La joie de servir le Père-Noël :

Il bondit, danse, rit de bon cœur. Étrangement habillé, le petit lutin devant nous répond enfin à notre question. Qui est-il?

-Devant vous je me présente ! Sonnez tambours et trompettes ! Allumez de grand feu de joie ! Je suis un lutin. Représentant du Petit Peuple, je suis un être à la fois fantastique et espiègle. Il m’arrive selon mon humeur d’être bienfaisant ou malfaisant! Je n’y peux rien ! C’est dans ma nature… Mais… (Il prend un air sérieux.) … jamais, au grand jamais, il ne faut manquer de respect à un lutin. (Il regarde autour de lui comme pour dévoiler un secret) Vous risquez de le perdre à jamais! Ou pire encore, il deviendra un vilain joueur de tours! Il vous empoisonnera la vie.

Certains d’entre nous se plaisent à rendre de grands services aux humains. On les appelle les lutins domestiques. Il y a fort longtemps, autrefois, jadis, chaque chaumière avait son lutin et chaque lutin avait sa chaumière. Ils aidaient les servantes à faire le ménage, ils veillaient avec les maîtres-queux, les cuisiniers, à la bonne cuisson des petits plats, consolaient les enfants tristes et soignaient les animaux. Il y a aussi les lutins qui vivent dans la nature. Ils sont les rois des forêts, des collines, des lacs et des pays gelés. Ils ont un aspect plus étrange qui n’est point sans rappeler l’endroit où ils vivent. Prenez par exemple les lutins des forêts, ils ont une barbe verte comme la mousse, une peau d’écorce et des vêtements faits parfois de feuillages. Ils mangent des petits fruits et des racines. Ceux-là sont plus peureux, farouches; jamais ils n’osent approcher un humain. On ne les voit point ni ne les entend.

Moi, je suis un ancien lutin des forêts, blessé par un homme lors d’une partie de chasse. Le Père-Noël qui passait par là m’a recueilli et m’a soigné. Depuis ce jour, je suis un lutin domestique toujours fier de lui venir en aide. Vive le Père-Noël!

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Sainte-Lucie pour fêter la lumière :

Le 13 décembre dans les pays scandinaves, on fête la Sainte-Lucie en l’honneur de Lucie, une croyante qui vécut à Syracuse en Sicile au IVe siècle. Sa fête est près du solstice d’hiver, c’est-à-dire le jour le plus court et la nuit la plus longue de l’année; après cette date, les jours lentement s’allongeront. Mais laissons-lui le soin d’expliquer de quelle façon on lui rend hommage.

-Une semaine avant Noël, le 13 décembre précisément, on célèbre la victoire de la lumière sur les ténèbres. Pour se faire, il faut décorer la maisonnée de rouge et de vert (couleurs associées à la lumière) et laisser une place de choix à un bouc en paille. En Hongrie, les enfants déposent sur le pas de la porte un peu de paille, s’y agenouillent et font des vœux. En Suède, les jeunes filles se lèvent à l’aube, s’habillent en religieuses et se coiffent d’une couronne argentée. Une des sœurs est nommée la « Santa-Lucia » de la famille. Celle-ci se coiffe d’une couronne de houx supportant quatre longues bougies. Avec tous les enfants de la maison, elle prépare le déjeuner des parents, puis ira leur servir au lit. En Sicile, ce jour-là, on prépare un pain en forme d’œil qu’on bénit et qu’on mange pour prévenir les maladies oculaires. En Europe centrale, c’est le jour de la bénédiction des gerbes de céréales cueillies aux dernières moissons.

Dans ma jeunesse, au IVe siècle, j’étais au couvent et j’avais la Foi. Un païen, un non chrétien du nom de Pascasius, me voulut pour femme. Il admirait mes yeux, les disant magnifiques et envoûtants. Pour lui résister, j’ai arraché mes yeux. Il fut fâché contre moi et pour me punir, il ordonna qu’on me torture : on versa de l’huile bouillante sur mon corps. On me condamna au bûcher où une épée me transperça la gorge. Je mourus, bien sûr, mais Dieu m’empêcha de souffrir. Un jour, à l’aube du 13 décembre, je suis apparue en Suède pendant une période de grande famine. J’ai apporté des vivres à tous les habitants. C’est pour cela que ce jour fut nommée Santa Lucia!

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Saint-Nicolas, évêque mais aussi protecteur des marins :

Le grand saint Nicolas s’approche de nous. Étonnamment, il n’est point coiffé de sa mitre habituelle, mais bien d’un tricorne. On s’interroge du regard. Qu’est-ce que c’est que ça? Du geste de la main et d’un sourire entendu, on comprend qu’il va nous expliquer.

-Le mois de décembre est une période importante de l’année. Oh que oui! L’hiver qui arrive amène neige et tempêtes. Moi, saint Nicolas, je joue un rôle des plus importants en ce qui concerne les festivités et les croyances populaires. Pour plaire à tous, je prends diverses formes afin de venir en aide aux plus démunis. Homme bon, on me voit le soir de Noël distribuer présents et nourriture aux pauvres. Ancêtre de votre bon vieux Père Noël, on me voit, sur plusieurs images, vêtu tel un évêque, mais je n’ai pas toujours eu cette vocation, oh non! La plupart d’entre vous ne connaissez pas ce que le vrai peuple sait de moi ni l’image qu’ils en ont!

Voici donc mon histoire plutôt inconnue. Je suis né, si ma mémoire est bonne, en 271 en Lycie, au Sud-Ouest de l’Asie. Mes parents étaient de bonnes personnes, honnêtes et surtout très généreuses. Ils m’ont apprit l’amour et le partage, si bien qu’à leur mort, je décidai de distribuer mon héritage au pauvre et entrepris un périple vers Jérusalem. J’avais la ferme intention d’entrer dans les Ordres. Jusque là, rien de bien étonnant. Je menais la vie d’un homme religieux qui ne désirait qu’une seule chose : venir en aide à son prochain! Mais une tempête changea le court de mon existence ! En effet, les vents violents, les vagues fortes terrorisaient l’équipage qui nous voyait déjà tous perdus. Je fis un geste simple : à genoux, je priai Dieu Tout-puissant de nous laisser la vie sauve. Ce fut en quelque sorte mon premier miracle. La tempête s’est aussitôt calmée. Alors, depuis ce jour, j’entrai dans la légende ! Je devins pour tous les marins, LE protecteur de l’océan… Une fois à terre, je consacrai ma vie aux pauvres. Mes études en théologie complétées, je devins un évêque, continuant bien sûr, d’aimer mon prochain. Je suis fier d’être ce que je suis.

Bibliographie:

1- Laborde-Maisonnave, Le plus beau livre de Noël : vingt siècles de traditions pour vivre la plus belle fête de l’année , Paris : Fleurus , 2002. 159 p.

2- Cretin, Nadine, Le livre de Noël : fêtes et traditions de l’Avent à la Chandeleur, Paris : Flammarion , 2001, 144 p.

3- Lebrun, Françoise, Le livre de Noël , Paris : Laffont , 1983, 226 p.

4- Sike, Yvonne de, Fêtes et croyances populaires en Europe : au fil des saisons , Paris: Bordas, 1994, 207 p.

Qui célèbre-t-on pendant le temps des Fêtes?

Outre la naissance de Jésus et le début de la nouvelle année, le temps des Fêtes en est un de réjouissances quasi à tous les jours. Une panoplie de saints attendent d’être connus pour célébrer avec vous.

-L’Avent: le dimanche le plus près du 30 novembre

-Saint Martin: le 11 novembre

-Sainte Catherine: le 25 novembre

-Saint André: le 30 novembre

-Saint Éloi: le 1er décembre

-Sainte Barbe: le 4 décembre

-Saint Nicolas: le 6 décembre

-Sainte Lucie: le 13 décembre

-Saint Thomas: le 21 décembre

-Saint Étienne: le 26 décembre

-Saint Jean l’Évangéliste: le 27 décembre

-Les saints Innocents: le 28 décembre

-Les Rois Mages: le 6 janvier

Cet article a été publié initialement dans le magazine Oriflamme Volume 22 en décembre 2006.
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